Joséphine Baker entre dans l’histoire drouaise

Joséphine Baker entre dans l’histoire drouaise

Aucune maison n’est encore sortie de terre dans le nouveau lotissement de Flonville que déjà la rue principale de ce futur quartier familial est porteuse d’un nom hautement symbolique, celui de Joséphine Baker récemment intronisée au Panthéon. L’inauguration a eu lieu vendredi 3 décembre en présence de l’un de ses fils, Brian Bouillon-Baker. 

« Un avenir arc-en-ciel » 

« Longue vie à cette nouvelle rue Joséphine Baker qui accueillera bientôt des maisons, des familles qui, je l’espère, cohabiteront dans un avenir arc-en-ciel. » C’est en ces mots que Brian Bouillon-Baker, septième enfant de la célèbre tribu arc-en-ciel de l’artiste franco-américaine, s’est exprimé ému à l’occasion du baptême de cette rue nouvellement créée et qui sera l’artère principale des 37 habitations individuelles prochainement construites à Flonville. Un moment fort pour celui qui hérité, au même titre que ses 11 frères et sœurs, d’un patrimoine culturel immense. Joséphine Baker est, depuis le 30 novembre 2021, la sixième femme à être entrée au Panthéon. Elle est aussi la première femme noire à avoir reçu cet hommage républicain. Joséphine Baker, icône des Années folles et résistante, continue de marquer l’histoire et la mémoire collective. Les Drouais n’ont pas pourtant attendu l’annonce officielle de son intronisation pour la célébrer.  

« Un exemple parfait d’intégration » 

Au printemps dernier, la Ville de Dreux désireuse de promouvoir l’égalité femme-homme et de féminiser le nom des rues de la cité durocasse avait organisé une consultation publique en ligne. Six noms avaient été proposés : celui de Joséphine Baker était arrivé dans le trio de tête des personnalités retenues (avec Édith Piaf et Olympe de Gouge). « Nous nous sommes aperçus qu’à Dreux seulement 2% des rues portait le nom d’une femme célèbre, rapporte Pierre-Frédéric Billet, maire de Dreux. Avec l’équipe municipale, on a décidé que durant ce mandat toutes les nouvelles rues auraient des noms de femmes. C’est important : on veut rééquilibrer les choses. Beaucoup ont été oubliées de l’histoire. Dans la mémoire collective, Joséphine Baker signifie quelque chose. C’est une artiste immense. Une résistante. Une femme extrêmement généreuse. Une femme universelle, mais un destin français à la fois dans l’esprit, dans la construction, dans l’appréhension des cultures, des religions … Et c’est ça la France. Joséphine Baker est un exemple parfait d’intégration. »  

Des valeurs universelles à transmettre 

Si bien intégrée que l’artiste américaine préférait d’ailleurs qu’on prononce son nom à la française car « ma mère avait fait le choix de devenir française, » raconte Brian Bouillon-Baker aux côtés de sa compagne, Sabine. Pour Xavier-Luquet, sous-préfet de Dreux, également présent à la cérémonie, « ce choix est une façon d’honorer la France et que la France soit honorée de ce choix. C’est aussi la preuve que dès les années 20, notre pays accueillait. Nous avons une longue tradition de tolérance en France. Aujourd’hui, je voudrais donc rendre hommage à la ville de Dreux de cette initiative. Après deux ans d’expérience ici, je peux témoigner que Dreux est un des bons exemples d’intégration. Ce qui est très intéressant aujourd’hui, c’est que des familles vont habiter dans cette rue. Les parents écriront sur leurs papiers administratifs, sur leur carte de visite, j’habite rue Joséphine Baker, tout comme leurs enfants aussi à l’école. Je pense que c’est un symbole encore plus beau ! »  

Un propos qui résonne et fait écho à la vie de Joséphine Baker, cette maman universelle qui a adopté et élevé 12 enfants aux origines, aux cultures différentes. « Ma mère disait qu’elle avait créé une tribu arc-en-ciel, une petite Onu familiale pour démontrer qu’elle serait plus solidaire que la grande, souligne Brian Bouillon-Baker. Elle affirmait aussi que c’était par l’éducation qu’on arrivait à la fraternité universelle, à la tolérance. Les enfants sont les premiers concernés par nos problèmes de société et je crois savoir qu’à Dreux, la municipalité propose de nombreuses actions à destination de la jeunesse. Ici mais comme ailleurs, il y a donc des élus qui font avancer la société et qui résistent à ses maux. » 

Les mots de Brian Bouillon-Baker 

« Au nom de ma famille et au nom de ma mère, nous vous remercions. Ma mère serait très heureuse car son nom a été choisi à l’unanimité par les habitants de Dreux. Il s’agit là d’une véritable démarche citoyenne : une initiative forte qui fait écho aux valeurs qu’elle défendait. Ça me donc touche énormément. Je ressens beaucoup de joie et de fierté. Elle serait également ravie qu’une ville, comme Dreux, garde en mémoire les engagements qu’elle a pris pour notamment la mixité, le partage, la fraternité universelle et aussi les combats qu’elle a mené contre le communautarisme, l’intégrisme ou encore le racisme. Dreux est, de ce que je sais, une ville ouverte au partage et à la tolérance. » 

Joséphine Baker, une source d’inspiration   

Son entrée au Panthéon est pour beaucoup de Français l’occasion de redécouvrir le parcours unique de Joséphine Baker. Plus qu’une vedette du music-hall dans les années 30, véritable performeuse de scène, l’artiste est aussi une résistante, une militante engagée. Elle fait partie de celles qui dans l’ombre ont joué un rôle important dans la Libération de la France. Pendant la seconde guerre mondiale, elle a notamment été agent de liaison, espionne pour les Forces françaises libres. Un engagement qui lui a valu de nombreuses distinctions : Chevalier de la Légion d’honneur à titre militaire, Croix de Guerre 1939-1945 avec palme, Médaille de la Résistance (avec rosette) … Quelques années plus tard, elle défendait avec Martin Luther King, la cause des droits civiques. Elle a d’ailleurs pris la parole lors de la marche de Washington en août 1963 à l’issue de laquelle le pasteur a prononcé le fameux discours « I have a dream ». Une trajectoire multifacette qui ne cesse d’inspirer.  

« De nombreux projets audiovisuels sont actuellement en cours sur le destin hors norme de ma mère, annonce Brian Bouillon-Baker. Tout d’abord, la création d’une mini-série avec 8 épisodes d’une heure. Ce sera un biopic distribué à la fois par Canal + et Netflix. Ensuite, une série d’animation France Télévisions qui s’adresse à un jeune public et plus largement aux familles. Enfin, un documentaire anglo-américain d’un budget de 2 millions de dollars. Le sujet est la tribu arc-en-ciel qui s’est d’ailleurs agrandie car il y a 15 petits-enfants aujourd’hui. Tout le monde se demande si ma mère a réussi à créer cette famille solidaire et tolérante qu’elle revendiquait tant. La réponse est oui ! » Dans un livre intitulé Joséphine Baker, l’universelle, Brian Bouillon-Baker raconte lui aussi la vie de sa mère et de sa famille à travers ses souvenirs d’enfant et d’adolescent. Un ouvrage touchant et émouvant pour (re)découvrir cette héroïne si actuelle !